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10 avril 2014 4 10 /04 /avril /2014 15:39

LA TENANCIERE AVAIT DU TEMPERAMENT

 

 

       

 Le Publicateur 28.9.1861

A 2 kms de Claye se trouve une auberge qui porte le nom vaporeux de Pont de la Rosée. Tous les paysans des environs connaissent sa fameuse enseigne et il en est  peu qui passe devant la maison sans y entrer pour humer un petit verre et deviser un brun avec l’hôtesse. C’est qu’aussi elle a des airs si engageants cette madame… Lucas ! sa jambe est si bien faite, son bras si dodu !  Elle entend la gaudriole à merveille : enfin comme dit un témoin, c’est une femme libérale, et qui aime à rire jusqu’aux larmes, en tout bien tout honneur, s’entend : il ne faudrait pas qu’un malappris vint offenser sa verve mordienne ! la commère ne badine pas, et elle saurait lui clouer le bec solidement.

 Un journal anglais rapportait qu’une cabaretière de Londres avait toujours dans son comptoir son pistolet chargé, et que peu de jours auparavant elle avait fait le coup de feu avec beaucoup d’audace. Notre hôtelière n’a pas besoin de cet appareil, ou plutôt elle porte toujours avec elle ses armes : deux larges et robustes mains dont elle sait jouer, je vous en réponds. Quand une fois elle vous a saisi un homme et vous le fourre dans son pétrin, d’où il sort pâle de honte et de farine.

Il y a deux ans environ le boucher Montalant, en riant avec elle fit une singulière gageure, allez :

- Parions que vous ne vous entendrez jamais appeler maman

- Moi !

- Oui, vous.

- Parions que si.

- Parions que non.

- Je veux bien.

- Cinq francs.

- J’y consens.

Or, depuis quelques mois, M. et Mme Lucas ont une magnifique enfant qui promet d’être la digne fille de sa mère. Un soir du commencement de septembre Montalant s’arrête à l’auberge avec deux autres bouchers ; l’hôtesse, se rappelant son pari, prit notre homme par la main et le conduisant au berceau où reposait son enfant : Perdu ! s’écria-t-elle, allonge les cent sous ! Le boucher se mit à rire.

 

- Ce que je vous dit là est sérieux.

- Vous plaisantez !

- Non, par tous les diables, non, je ne plaisante pas, et vous allez payer.

- Je ne paierai pas.

- Vous êtes un homme sans parole !

Des propos aigre-doux, on en vint aux gros mots, des gros mots aux injures, puis aux menaces, puis enfin la femme Lucas sauta au cou de Montalant et lui déchira le visage avant qu’il eût eu le temps de se reconnaître. On alla prévenir la gendarmerie de Claye, et quand arriva un agent de la force publique, la lutte durait encore ; la figure du boucher était en sang, ses habits en lambeaux. La cabaretière, n’ayant pour cacher ses pudiques charmes qu’un jupon noué sur sa chemise, les cheveux en désordre et les mains crispées, représentait fidèlement la furie sadique.

Le gendarme crut de son devoir de lui faire des observations : - Comment ! madame, vous maîtresse d’un établissement public, vous vous montrez dans un déshabillé semblable !  C’est honteux ! et si j’étais votre mari !….

La dame Lucas, citée devant la justice de paix de Claye, pour tapage nocturne, s’était, à son grand désespoir, entendue condamner à 15 F d’amende et trois jours de prison ; elle faisait appel de ce jugement, mardi dernier.

Le tribunal correctionnel de Meaux, réformant la sentence du premier juge, n’a infligé à la prévenue que 15 F d’amende.

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Mireille LOPEZ - dans SOUILLY
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