Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Contact

15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 09:59


Journal de s et m 11.9.1858

 

Une mère.

Le 15 août dernier, M. le juge de paix de Claye reçut une lettre ainsi conçue ou à peu près :

« Par pitié secourez un malheureux enfant victime des brutalités de ses parents ».

Suivait le nom et la demeure des parents et l’avis se terminait par cette phrase empreinte d’une douloureuse et effrayante instance.

« Il est encore temps ! »

La lettre n’était pas signée, mais ce n’était pas une de ces méchancetés anonymes que le mépris flétrit aussitôt qu’on les a lues, c’était un avis consciencieux donné sous le voile par la crainte d’un ressentiment qui pouvait être redoutable.

Immédiatement  M. Dufraigne, maire de Claye et en même temps docteur en médecine, qui se transporta au domicile indiqué chez les époux B..... L’avis était tellement vrai, les faits tellement graves que M. Dufraigne se hâta d’en informer M. le juge de paix qui revint avec lui et les constata judiciairement.

B....., âgé de 24 ans, manouvrier, et A...... M..... sa femme, âgée de 28 ans, ouvrière à la fabrique de toiles peintes, font assez mauvais ménage. Ils ont trois enfants. Il n’a pas été question du premier, et le troisième fort jeune est en ce moment nourri par sa mère ; mais le second âgé actuellement de 26 mois, avait été mis en nourrice, et retiré le 6 juin dernier. A cette dernière époque c’était un enfant fort et bien portant, intelligent et gai, il courait et babillait toute la journée.

Or, jusqu’au 15 août, pendant sept semaines de séjour chez sa mère, le pauvre petit n’a cessé

d’être en butte aux plus odieux traitements. Garotté dans son berceau, les mains liées sur sa poitrine, ses petits pieds croisés l’un sur l’autre, liés ensemble et attachés au pied du berceau, il fallait qu’il restât immobile. Sa mère sortant quelquefois de chez elle à 10 heures du matin et n’en rentrant qu’à 9 heures du soir, avait trouvé ce moyen de s’en débarrasser en le laissant ainsi croupir dans la fange et défaillir faute de nourriture.

Et croirait-on que malgré cette torture prolongée à ce point que l’épine dorsale du petit malheureux en était en partie dénudée, le temps où il était ainsi seul et abandonné était encore son meilleur temps ; il avait fini par pleurer peu alors, mais lorsque sa mère était là, les voisins étaient sans cesse révoltés non seulement des cris de l’enfant, mais du bruit des coups

que l’indigne mère faisait pleuvoir sur le pauvre petit être avec un martinet.

Ainsi M. Dufraigne le trouva-t-il à l’état de squelette, le mot est dans son rapport : le corps

couvert de plaies purulentes, la figure toute d’un bleu jaunâtre tant les contusions étaient rapprochées les unes des autres, dans un état de saleté à peine concevable, ses vêtements

pleins de tâches de sang. L’enfant ne savait plus parler, ne pouvait plus ni marcher, ni se tenir,

il avait les yeux hagards, il atteignait au dernier degré du marasme et n’avait pas quinze jours à vivre.

M. le juge de paix fit demander à sa nourrice, la femme C.... de Messy, si elle voudrait le

reprendre ; la brave femme accourut et le remporta. On a su d’elle que dans une visite qu’elle avait fait quelque temps auparavant à son nourrisson, elle avait pleuré abondamment en le voyant dépérir. Sa douleur n’avait pas ému la marâtre.

Elle était, à l’audience, la nourrice, au nombre des témoins ; elle avait apporté l’enfant, et tout l’auditoire oppressé au récit des souffrances du petit innocent, a pu constater avec intérêt l’effet de la différence de soins. Il est revenu à la vie, il a repris en partie ses forces et ses couleurs, et M. Dufraigne le déclare sauvé.

M. Guillemin procureur général a enregistré avec une chaleureuse indignation la conduite de la mauvaise mère. A peine avait-il à insister sur la culpabilité. «Les faits parlent d’eux-mêmes, a-t-il dit, et en leur présence il n’est pas un cœur honnête qui ne se sente révolté »

Qu’avez-vous à dire pour votre défense ? a demandé M. le Président à la prévenue.

Celle-ci qui a bien voulu avouer qu’elle était d’une humeur un peu emportée, n’a rien osé dire et est restée courbée sous la réprobation générale.

Le tribunal l’a condamné à 18 mois de prison.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Mireille LOPEZ - dans Claye-Souilly-découverte
commenter cet article

commentaires